Tchad

Selon le dernier rapport de mission de supervision de la Cellule Technique chargée du suivi des EMF (CT-EMF), le secteur de la microfinance du Tchad compte 160 établissements de microfinance (EMF) agréés. 90% d’entre eux sont actifs dans la zone méridionale et interviennent à part égale en milieux rural et urbain. Généralement, ces EMF fonctionnent en réseau sous forme coopératives et représentent 94% de l’ensemble des prestataires. Le taux de pénétration est estimé à 2% ; ce chiffre inclut les EMF dont les dossiers d'agrément sont en cours d'instruction à la COBAC et qui comptent plus de 4 000 membres.

Selon la même source, mi-2013, l’industrie de la microfinance du pays compte environ 144 000 bénéficiaires, un encours d’épargne de près de 7 milliards FCFA pour un encours de crédit proche de 10 milliards FCFA.

Les  EMF du pays sont regroupés selon la classification suivante : 157 coopératives ou associations collectent l’épargne des membres et proposent des opérations de crédit diverses ; 3 sociétés anonymes collectent l’épargne des tiers et offrent des produits de crédit ; et 3 établissements exercent des activités de crédit mais ne collecte pas d’épargne.

Depuis 2002, l’Association Professionnelle Tchadienne des Etablissements de Microfinance (APT-EMF) défend les intérêts et renforce les capacités des membres, représente la profession auprès des autorités  et sensibilise le public.  En outre, le Comité National de Coordination (CNC), un cadre national de concertation, facilite une mise en œuvre efficace de la stratégie nationale de la microfinance dans le pays.

Cadre légal, réglementaire et institutionnel
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Les activités de microfinance au Tchad sont régies par les réglementations Communauté Economique et Monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC) et la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (COBAC) :

  • Le règlement du 26 janvier 2002 du conseil des ministres de la CEMAC relatif aux conditions d’exercice et de contrôle de l’activité de la microfinance (01/02/CEMAC/UMAC/COBAC avec 11 titres et 71 articles) ;
  • Des normes comptables prudentielles applicables aux établissements de microfinance, instruction de la COBAC du 15 avril 2002 (21 normes prudentielles) ;
  • Le Règlement COBAC EMF 2010/01 relatif au plan comptable des établissements de microfinance (12 articles) adopté en 2010 ;
  • Le Règlement COBAC EMF 2010/02 relatif à l’organisation des comptabilités des établissements de microfinance (95 articles).

Selon cette réglementation, la supervision du secteur de la microfinance relève exclusivement de la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale. Néanmoins, la COBAC ayant constaté ses limites dans son activité de supervision a relayé celle en matière de contrôle des établissements microfinance (EMF) de taille moyenne (toute catégorie confondue) à la Cellule Technique chargée du Suivi des EMF (CT-EMF). Toutefois, les autorisations d’agrément sont accordées par le Ministère des Finances et du Budget à travers la CT-EMF après avis conforme de la COBAC.



Au 30 juin 2013, 160 EMF ont reçu l’agrément parmi lesquelles 157 coopératives et 3 EMF de la 2e catégorie (sous forme de société anonyme)

Les difficultés de la microfinance au Tchad

1) La pratique d'octroi de crédits direct par le gouvernement est abandonnée au profit de l'approche "Faire – Faire" prônée par le ministère et largement médiatisée sur le territoire national à travers la caravane de la microfinance conduite par le Ministère des Microcrédits pour la Promotion de la Femme et de la Jeunesse ainsi que ses partenaires ;

2) Le fonctionnement des EMF non agréés notamment Union des Caisses d'Epargne et de Crédit du Guéra (UCEC-Guéra) et Union des Coopératives d'Epargne et de Crédit Immaculée de la Tandjilé (UCECIT) dont les dossiers de demandes d'agrément sont en instance d'instruction au niveau de la Commission Bancaire de l'Afrique Centrale (COBAC) ;

3) Les taxes très élevées appliquées aux EMF de 2ème catégorie qui s'implantent de plus en plus dans les zones rurales à l'exemple de Finadev Tchad;

4) Le manque de professionnalisme des acteurs et la faiblesse institutionnelle des organes de mise en œuvre de la SNMF notamment celle du CNC (Comité National de Coordination du secteur) qui n'arrive pas à assurer véritablement la coordination et la cohésion des interventions dans le respect de la SNMF (octroi direct de crédit par le ministère jusqu'en 2011 avec un taux moyen de remboursement situé à 19%. On note également l'intervention de plusieurs entités dans le secteur de manière disparate, sans synergie aucune ou parfois sans autorisation ou agrément).

Après une décennie d'adoption et de mise en application, la réglementation COBAC n'est pas assez vulgarisée ni connue des principaux acteurs du secteur qui ont du mal à la maîtriser. La supervision faite par la COBAC et la Cellule Technique chargée du Suivi des EMF reste insuffisantes jusqu’à 2012, année pendant laquelle la CT-EMF a eu des appuis techniques, institutionnels et organisationnels lui permettant de faire des missions de manière plus accentuée malgré son effectif très limité.

Politique nationale de développement du secteur
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La planification du développement au Tchad est marquée principalement par deux stratégies de réduction de la pauvreté. Celle de 2003 qui a été révisée en 2008, puis le Plan National de Développement qui couvre la période de 2013 à 2015, à travers lesquelles le gouvernement s'est engagé à "créer un environnement favorable à une croissance économique, robuste, diversifiée et réductrice de la pauvreté" visant ainsi l'atteinte des OMD.

Dans cette perspective, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et le UN Capital Development Fund (UNCDF) ont appuyé techniquement le Gouvernement et les principaux acteurs nationaux à se doter en juillet 2009, d'une Stratégie Nationale de Microfinance (SNMF) qui vise à construire au Tchad un secteur de la microfinance viable et pérenne où les populations les plus pauvres accèdent de façon durable à des services financiers adaptés à leurs besoins afin d’améliorer leurs conditions de vie.

Adoptée en août 2009, la SNMF devait commencer son implantation en 2011 mais de manière timide à cause de la faiblesse de ses organes de mise en œuvre et de la jeunesse du secteur qui ne favorise pas sa professionnalisation. Le plan d'action de cette SNMF a été actualisé en novembre 2012 et couvre la période de 2013-2015.

Plusieurs projets et programmes appuient cette dynamique d'émergence du secteur de la microfinance au Tchad :

  • Projet de la microfinance au Tchad (PROMFIT)

  • Project d’appui à la finance inclusive (PAFIT)

  • Projet d'Appui à la Régulation de la Microfinance au Tchad (PARMIT)

  • Programme d’appui au développement rural dans le Guéra (PADER-G)

  • Programme d’appui au développement local (PADL)


Ces partenaires inscrivent leurs actions dans les principaux axes stratégiques de la SNMF :

  1. Renforcement du cadre institutionnel ;
  2. Plus grand accès aux pauvres et populations à faibles revenus aux services financiers ;
  3. Développement de partenariats stratégiques entre les banques et les EMF et disponibilité des prestataires de services locaux qualifiés.