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En microfinance, la simplicité et le contact humain font la différence pour les clients

Des femmes agricultrices au Bangladesh.

Les politiques et procédures internes de protection des consommateurs mises en place par les institutions financières permettent-elles réellement d’améliorer la situation des clients ?

Cette question est longtemps restée en marge des cadres classiques de protection des clients, qui privilégient l’évaluation de la conformité des prestataires disposant de normes de protection des consommateurs. Ces dernières années, des modèles économiques et des approches de la finance responsable davantage centrés sur le client ont émergé, soulignant la nécessité de s’intéresser aux résultats concrets pour les clients, et pas uniquement au respect des procédures.

FMO, la banque néerlandaise de développement entrepreneurial, fortement engagée en faveur de la protection des consommateurs, a souhaité mieux comprendre comment la mise en œuvre des normes de protection des consommateurs de Cerise+SPTF se traduit concrètement pour les clients des entreprises investies. Elle a confié à M-CRIL, une agence de notation et d’évaluation spécialisée en microfinance, une étude portant sur les résultats pour les clients dans deux institutions de microfinance (IMF) reconnues pour la solidité de leurs pratiques en matière de protection des consommateurs, l’une au Bangladesh, l’autre aux Philippines. CGAP s’est joint à cette démarche en apportant des conseils indépendants et un appui méthodologique tout au long du processus. L’évaluation a fait ressortir deux enseignements majeurs : l’importance accordée par les clients à la simplicité et au contact humain, et l’intérêt, pour les bailleurs de fonds et les prestataires, de combiner outils quantitatifs et qualitatifs (enquêtes, groupes de discussion, entretiens) pour mieux comprendre les expériences et les résultats vécus par les clients. Le rapport complet présente d’autres constats détaillés.

La simplicité fondamentale dès la conception

Les clients ont clairement exprimé combien la simplicité compte pour eux et dans quelle mesure elle contribue à des expériences positives. À la question ouverte "qu’est-ce que vous appréciez dans cette institution ?", les clients de l’IMF philippine ont très largement mis en avant la simplicité et la facilité d’utilisation des produits et des procédures. Ils se disaient à l’aise avec les décisions à prendre dans l’utilisation des produits financiers. Certains ont même expliqué avoir choisi leur IMF précisément pour cette raison. Comme le souligne le rapport : "plus les produits, les conditions et les options sont simples, moins il y a de chances d'avoir des problèmes". Ce constat confirme l’importance de design qui placent la simplicité au cœur de la protection des consommateurs, tels que la conception de produits adaptés, la qualité des produits financiers, leur gouvernance et leur adéquation aux besoins des clients.

Mais ce constat présente également un aspect négatif : l’ajout de nouveaux produits s’accompagne souvent d’une complexité accrue et de nouveaux risques. Dans cette même IMF philippine, l’introduction d’un produit d’assurance facultatif a conduit presque tous les clients à payer la prime, beaucoup pensant à tort qu’elle était obligatoire. En combinant des remboursements anticipés flexibles pour les prêts avec des modalités d’assurance fixes, certains clients ont fini par payer une double couverture. Bien que l’initiative soit partie d’une bonne intention, l’introduction de ce produit plus complexe a entraîné des effets négatifs, tant sur le plan financier que sur l’expérience client, en fragilisant une relation jusque-là simple et prévisible entre l’IMF et ses clients.

 L’enseignement principal est clair : la simplicité protège les clients. Lorsqu’un prestataire élargit son offre pour attirer de nouveaux clients ou accroître ses revenus, il doit en parallèle investir dans une conception de produits centrée sur les besoins des clients, former adéquatement son personnel et communiquer de manière claire. Faute de quoi, les effets sur les clients et la relation de confiance peuvent être négatifs.

Le contact humain inspire plus de confiance que les lignes d'assistance

Dans les deux IMF étudiées, la mise en place de lignes d’assistance pour les questions et réclamations des clients s’est révélée décevante. Cela renvoie directement à la question de la confiance. Les deux institutions proposaient des canaux en ligne ou téléphoniques ; l’une d’elles disposait également d’une page Facebook et avait lancé sa propre application. Pourtant, la grande majorité des clients interrogés préféraient s’adresser directement à leur agent de crédit ou, en cas de problème sérieux, au responsable de l’agence.

Les données internes des IMF confirment d’ailleurs que peu de demandes ou de plaintes transitaient par les lignes d’assistance. Le point positif est que les clients faisaient preuve d’un haut niveau de confiance envers le personnel local. Les raisons de la faible utilisation de ces canaux n’ont pas été explorées en détail dans le cadre de l’évaluation. Elles tiennent probablement à la proximité avec le personnel en agence, à la réticence à utiliser des dispositifs impersonnels et automatisés, ainsi qu’à une communication insuffisante sur l’existence et l’utilité de ces services. Le message clé est que les clients préfèrent interagir avec des personnes réelles en qui ils ont confiance. Ce constat est particulièrement important pour les prestataires de crédit digital, dont la relation avec les clients se déroule presque entièrement en ligne : il est essentiel d’y intégrer des points de contact humains tout au long du parcours client.

Recommandations pour mieux comprendre l’expérience et les résultats des clients

À partir de cette expérience d’évaluation, le rapport formule plusieurs recommandations méthodologiques à destination des prestataires et des bailleurs de fonds afin de mieux recueillir les retours des clients et comprendre leurs résultats :

  • Mobiliser plusieurs outils complémentaires pour analyser l’expérience et les résultats des clients : enquêtes téléphoniques, enquêtes en face-à-face, groupes de discussion et entretiens approfondis.
  • Intégrer quelques questions ouvertes dans des enquêtes essentiellement quantitatives, afin de comprendre non seulement si des problèmes surviennent, mais aussi pourquoi. L’analyse des données qualitatives pourrait prochainement être facilitée par l’IA.
  • Surreprésenter les clients en retard de paiement ou en situation de défaut dans les enquêtes et les entretiens qualitatifs. Étant peu nombreux, leurs difficultés spécifiques risquent de passer inaperçues dans une enquête représentative de l’ensemble des clients. Comme le souligne le rapport : "examiner les situations les plus complexes constitue le test ultime d’une protection effective des clients".
  • Exploiter l’ensemble de ces données pour identifier les causes profondes des problèmes et proposer des solutions adaptées. Les données qualitatives permettent de passer rapidement du constat d’un dysfonctionnement à l’identification de ses causes et des pistes de solution.

Cette démarche a permis de mettre en lumière plusieurs points de tension opérationnels et d’identifier des solutions concrètes que les IMF peuvent mettre en œuvre, notamment pour les clients en difficulté de remboursement. Par exemple, les règles de recouvrement existantes n’étaient pas suffisamment claires pour empêcher certains agents d’adopter des pratiques coercitives. Les systèmes d’incitation basés sur les taux de remboursement peuvent en effet pousser certains employés à exercer des pressions excessives sur les clients. Les institutions doivent donc recueillir les retours des clients pour repérer ces dérives et préciser clairement ce qui est inacceptable. Par ailleurs, l’analyse des clients vivant en zones rurales et ayant de faibles niveaux d’éducation ou de revenus a mis en évidence des lacunes dans les pratiques de communication : trop d’informations étaient concentrées au moment du décaissement du prêt, au lieu d’être étalées et répétées afin de garantir une bonne compréhension. Ces constats rappellent combien il est essentiel d’intégrer une approche véritablement centrée sur le client à chaque étape de son parcours.

Les clients l’ont clairement exprimé : ils valorisent la simplicité et le contact humain. Les prestataires devraient considérer ces dimensions comme des leviers essentiels de la protection des consommateurs. Il leur revient donc d’intégrer l’orientation client à toutes les phases du cycle de vie des produits et de s’appuyer sur plusieurs outils pour comprendre l’expérience et les résultats vécus par les clients, en apportant les ajustements nécessaires. Placer le client au centre est indispensable pour construire un écosystème financier à la fois responsable et durable.

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