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Économies à la pompe : financer l'irrigation solaire pour soutenir les femmes en milieu rural

Rebecca travaille dans sa ferme. Crédit photo: PEG Africa

L'accès limité à des outils abordables permettant de gagner du temps et de l'argent est une contrainte majeure pour les moyens de subsistance des femmes rurales. C'était le cas de Rebecca Ashinyo, une agricultrice de 42 ans vivant dans la région de la Volta au Ghana, qui, jusqu'à récemment, dépendait de trois pompes à eau électriques vieillissantes pour irriguer ses parcelles de légumes. Si ces pompes permettaient à Rebecca de cultiver toute l'année, elles tombaient régulièrement en panne et nécessitaient des réparations fréquentes et coûteuses. Tout a changé lorsqu'elle a acquis une nouvelle pompe à eau solaire, qui lui a permis d'économiser le temps et l'argent auparavant consacrés aux réparations et de les investir dans le développement de son activité de commerce de légumes.

Le coût du matériel d'irrigation et de son entretien est un obstacle majeur à la productivité des femmes dans les zones rurales

En l’absence d’accès équitable aux ressources productives telles que les intrants et les outils permettant de gagner du temps, les agricultrices d'Afrique subsaharienne affichent des taux de productivité agricole inférieurs à ceux de leurs homologues masculins.

L’accès aux pompes à eau illustre bien la façon dont ces disparités affectent la productivité des femmes. L'irrigation est de plus en plus cruciale pour les femmes en milieu rural, non seulement parce que le changement climatique rend les pluies moins prévisibles, mais aussi parce que les pompes à eau peuvent améliorer les moyens de subsistance des femmes en leur permettant de cultiver toute l'année. Cependant, les pompes électriques et à carburant diesel répandues sur les marchés ruraux ont un coût d’achat, d’utilisation et d’entretien trop élevé pour de nombreuses femmes.

Dans les zones rurales, les femmes doivent déjà composer avec des ressources financières limitées et d'autres obligations, comme les activités domestiques qui ne génèrent pas de revenus. Des pompes coûteuses et peu fiables réduisent le temps et l'argent disponibles pour leurs exploitations et leurs entreprises. Dans le cas de Rebecca, les pannes fréquentes l'obligeaient à consacrer jusqu'à 20 % de son temps productif quotidien à la réparation de ses pompes électriques. Même lorsque les pompes fonctionnaient correctement, le coût élevé de l'électricité nécessaire à leur alimentation rongeait ses revenus issus de la vente de légumes.

Les pompes à eau solaires sont plus fiables et moins chères à long terme, mais leur prix d’achat est inabordable pour de nombreuses femmes

Les pompes à eau solaires sont de plus en plus souvent présentées comme une solution plus durable et moins coûteuse pour les agriculteurs. En transformant la lumière du soleil en électricité pour pomper l'eau, les pompes solaires constituent une alternative propre, simple et économe en énergie aux pompes électriques ou à carburant traditionnelles. Cependant, bien qu'ils promettent des coûts de fonctionnement plus faibles dans le temps, ces nouveaux systèmes ont un coût initial plus élevé qui les met hors de portée de nombreuses agricultrices.

Face à cet écueil, des sociétés de financement d'actifs innovantes à travers le continent africain ont introduit de nouveaux produits de financement qui peuvent aider les agriculteurs à financer leur transition vers l'irrigation à énergie solaire. En permettant aux clients, autrement dans l’incapacité d'acheter des pompes solaires, d'étaler le coût initial sur la durée , le financement peut débloquer des économies de temps et d'argent substantielles, en particulier pour les femmes.

Les études montrent que le financement de pompes à eau solaires présente des avantages significatifs pour les agriculteurs. Entre 2016 et 2018, Efficiency for Access s'est associé à 60 Decibels pour interroger 375 clients ayant bénéficié du financement de pompes à eau solaires en Ouganda, au Kenya et en Tanzanie. La plupart des personnes interrogées ont déclaré avoir des revenus plus élevés que leurs pairs et ont vu leurs dépenses liées à l'irrigation diminuer de 91 % en moyenne après avoir adopté les nouvelles pompes (hors coût de financement). Les clients ont également fait état d'impacts positifs sur leurs rendements et leur productivité agricoles depuis l'achat, et la majorité d'entre eux ont constaté une amélioration de leur qualité de vie globale.

Mobiliser des outils de financement pour faciliter l'accès des femmes à l'irrigation solaire

L'une de ces sociétés de financement d'actifs proposant de nouveaux plans de financement de l'irrigation solaire est PEG Africa (PEG), un fournisseur ouest-africain de services de paiement à la consommation (PAYGo), présent au Ghana, en Côte d'Ivoire, au Sénégal et au Mali avec plus de 700 000 utilisateurs quotidiens.

PEG a d'abord lancé son produit de financement de pompes à eau solaires au Ghana, où le manque de sensibilisation, de disponibilité, de service après-vente et de financement dans les zones rurales bloquait jusqu’ici l'adoption généralisée de cette nouvelle technologie. PEG a donné la priorité à la résolution des obstacles qui empêchaient les femmes comme Rebecca d'investir dans des pompes à eau solaires dans les zones rurales, reconnaissant que les femmes sont celles qui bénéficient le plus de l'accès à des solutions d'irrigation fiables et peu coûteuses.

En partenariat avec le projet SNV Hortifresh, PEG s'est efforcé de sensibiliser les agriculteurs ghanéens à la culture irriguée grâce à l'énergie solaire et de réduire le coût de l'équipement – une initiative qui a finalement poussé Rebecca à se renseigner sur le financement.

Pour atteindre les femmes vivant en milieu rural comme Rebecca, PEG s'appuie sur des groupes de femmes tels que les associations villageoises d'épargne et de crédit pour diffuser des informations sur les pompes et sensibiliser le public. En outre, le système de notation de crédit de PEG est conçu pour surmonter les obstacles traditionnels à l'octroi de prêts aux femmes – à la fois en incorporant des alternatives aux critères qui tendent à discriminer les femmes (tels que la possession d'actifs) et en attribuant aux emprunteuses une note plus élevée en reconnaissance de leur profil de remboursement plus sûr que celui des hommes.

Le financement octroyé par PEG ne requiert pas de garantie et permet aux femmes de payer la pompe sur une période de 17 mois, selon un calendrier de remboursement flexible qui peut être adapté aux cycles de culture pour permettre des paiements plus élevés après la récolte. L'organisation s'est également associée à des magasins situés dans les zones périurbaines et rurales du Ghana pour stocker ses pompes afin d’être en mesure de répondre aux besoins des clients dans les zones d'irrigation à fort potentiel mais reculées. PEG dispose d'un personnel réparti dans tout le pays qui se charge de l'installation rapide des pompes et de la résolution des problèmes techniques.

Les outils de financement aident les femmes à améliorer leur productivité, leurs revenus et à faire des économies de coûts, de temps et de main d’œuvre

Grâce aux économies de coûts, de temps et de main-d'œuvre, 10 % des clientes agricultrices qui ont financé des pompes à eau grâce au plan de financement de PEG font état d'une augmentation des rendements agricoles et des revenus. En outre, ces femmes ont également constaté une amélioration de la santé de leur foyer grâce à l'accès à l'eau potable et à une moindre exposition à la pollution due aux émissions des pompes à carburant.

Le remplacement de ses pompes électriques vieillissantes a permis à Rebecca de gagner beaucoup de temps. Les pannes fréquentes l'obligeaient à consacrer une part importante de son temps aux réparations. Sa nouvelle pompe solaire ne nécessite pratiquement aucun entretien, ce qui lui permet de consacrer plus de temps à la vente de légumes et à la supervision des ouvriers de sa ferme. Autre avantage, la pompe à eau solaire (beaucoup plus facile à utiliser et à entretenir) peut arroser de manière autonome jusqu'à deux acres à la fois, ce qui lui demande moins de temps et d'attention.

Outre le gain de temps, Rebecca a réalisé des économies substantielles grâce à la nouvelle pompe plus fiable. Elle peut désormais économiser et investir l'argent qu'elle aurait dépensé en réparations coûteuses. Et comme elle n'utilise désormais ses anciennes pompes électriques que pour l'irrigation de nuit, Rebecca a réduit sa consommation d'électricité de 25 %.

"En tant que cheffe d'entreprise, je suis heureuse de voir que mes revenus augmentent grâce aux économies de coûts et d'énergie. Je vais les utiliser pour investir dans la ferme et dans d'autres activités viables en dehors de la ferme, notamment le commerce de légumes", a déclaré Rebecca.

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Denise Masela Lembe 46 ans , RDC
22 septembre 2022

Je suis émerveillé de cet article du fait que je sois aussi dans le domaine agricole. j'ai une ferme de 6 hectares à 100km de la ville province de Kinshasa . Jusqu'ici, j'ai planté 10 000 ananas dont la première production cette année et aussi plusieurs agrumes dans le but de transformer ces fruits en jus et aussi du manioc que nous pouvons utiliser comme farine de panification à la place du blé qui fait défaut aujourd'hui. D'abord, chez nous au Congo démocratique, précisément dans la zone de où se situe ma ferme ( territoire de Madimba dans la province du Kongo Centrale), je vois à peine quelques personnes pratiquer l'irrigation par motopompe à carburant. Noté que l'acquisition de cette motopompe demande des moyens qui avoisine à 500$, n'est à la portée de la majorité d'agriculteurs. A cet effet, nous dépendons plus des pluies qui sont aussi irrégulières et par conséquent la production est faible voir même rare à certaines périodes et le revenu est moindre pour faire face aux besoins familiaux et aussi avoir un fonds de roulement pour continuer les activités dans la ferme. Si possible d'avoir aussi une structure avec ce service de PEG pour accroitre la production, réduire le temps et augmenter aussi les revenu qui rendrai plus la femme congolaise autonome. Cependant, nous avons aussi d'autres besoins en formation( quelles semences utiliser dans quel sol?, avec quel engrais enrichir le sol qui soit favorable à la santé?, comment transformer le manioc en farine de panification?, quel emballage pour nos jus produits localement?, comment conserver nos produits agricoles....... pour booster ce domaine agricole que nous congolais(es) semblons négliger. Je vous remercie et espère trouver des solutions à certains questionnements. Bonne continuation.

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