Inclusion financière en Amérique latine et Caraïbes

Travailleur sur un canal, Mexique.
Crédit photo : Damien Manspeaker, concours photo du CGAP 2014.

L’inclusion financière en Amérique latine et dans les Caraïbes s’est considérablement développée au cours de la dernière décennie. Selon la dernière édition de la base de données Global Findex 2025, 70 % des adultes de la région (hors économies à revenu élevé) possédaient un compte financier en 2024, soit une hausse de trois points par rapport à 2021 et une augmentation notable par rapport à 54 % en 2017 et 39 % en 2011. Malgré ces progrès, la région reste en deçà de la moyenne des pays à revenu faible et intermédiaire de cinq points de pourcentage. 

Bien que la majorité des adultes de la région continuent de détenir des comptes auprès d’institutions financières traditionnelles, l’usage du mobile money a fortement augmenté, notamment parmi les personnes précédemment non bancarisées. En 2024, 37 % des adultes déclaraient posséder un compte de monnaie mobile, soit une hausse de 15 points par rapport à 2021. La croissance des comptes mobiles et numériques joue un rôle clé dans le développement de l’épargne formelle dans la région, qui est passée de 18 % en 2021 à 29 % en 2024. Les paiements numériques se sont également généralisés, avec 59 % des adultes ayant déclaré avoir effectué ou reçu un paiement numérique au cours de l’année écoulée, légèrement en dessous de la moyenne de 62 % pour les pays à revenu faible et intermédiaire. 

Au niveau des pays, le Brésil (86 %) et le Chili (85 %) dominent la région avec les taux les plus élevés de détention de comptes, tandis que des pays comme le Nicaragua (24 %) et le Guatemala (38 %) accusent un retard, soulignant des disparités régionales qui nécessitent des politiques ciblées.

Écart entre les sexes dans l’inclusion financière

L’écart entre hommes et femmes en matière de possession de comptes en Amérique latine et dans les Caraïbes s’est réduit au fil du temps, mais reste un défi persistant. En 2024, 66 % des femmes possédaient un compte financier contre 74 % des hommes, soit un écart de 8 points de pourcentage. Cet écart est légèrement supérieur à la moyenne de 5 points observée pour les pays à revenu faible et intermédiaire. 

Les progrès sont inégaux selon les pays. En matière de paiements numériques, 55 % des femmes les utilisaient en 2024, contre 64 % des hommes, soit un écart de 9 points. Cependant, l’adoption des paiements numériques par les femmes a augmenté par rapport aux années précédentes, ce qui montre un engagement croissant envers les technologies financières, même si les hommes restent en tête, indiquant que des obstacles à l’accès et à l’usage subsistent pour les femmes. 

Certains pays d’Amérique centrale présentent les plus grands écarts entre les sexes : El Salvador (20 points de pourcentage), le Honduras (19 points de pourcentage) et le Guatemala (12 points de pourcentage). En Amérique du Sud, la Colombie affiche l’écart le plus élevé, à 13 points. À l’inverse, le Venezuela, l’Uruguay, le Paraguay et l’Équateur présentent des écarts très faibles, à 2 points ou moins. L’Argentine se distingue par un écart de 5 points en faveur des femmes. 

Réduire l’écart entre les sexes demeure donc un enjeu important pour de nombreux pays de la région. Les recherches montrent que lorsque les femmes ont accès à une gamme de services financiers, elles bénéficient non seulement d’un meilleur contrôle de leurs ressources financières, mais peuvent également accéder à de meilleures opportunités professionnelles. Par exemple, une étude au Brésil a révélé que l’utilisation du crédit pour des investissements améliorant la mobilité, comme les motos et les bicyclettes, générait un rendement annuel de 12 à 15 %. Les travailleurs à faible revenu, majoritairement des femmes, en ont le plus bénéficié en pouvant élargir leur rayon de recherche d’emploi, améliorer l’accès aux marchés pour vendre leurs biens et faciliter leurs déplacements vers le travail. Pour explorer le lien entre l’accès aux services financiers et l’autonomisation économique des femmes, consultez l’Impact Pathfinder du CGAP, qui synthétise des décennies de recherches sur le sujet. Pour en savoir plus sur les initiatives visant à promouvoir l’autonomisation économique des femmes via l’inclusion financière, rejoignez FinEquity, une communauté de pratique pour renforcer l’inclusion financière des femmes, organisée par le CGAP.

Résilience 

La résilience reste un défi majeur en Amérique latine et dans les Caraïbes. En 2024, 14 % des adultes de la région ont été confrontés à une catastrophe naturelle ou à un événement météorologique extrême. Parmi eux, 6 % ont subi une perte de revenus et 6 % des dommages matériels à cause de chocs climatiques, soulignant la vulnérabilité des ménages dans les zones fréquemment touchées par les ouragans, les inondations et les sécheresses. Lorsqu’on leur demande combien de temps ils pourraient maintenir les dépenses de leur ménage si leur principale source de revenus venait à disparaître, seuls 35 % déclarent pouvoir tenir plus de deux mois, et 14 % ne pourraient couvrir leurs dépenses que pendant moins de deux semaines. 

Cette capacité financière limitée souligne la fragilité de nombreux ménages et renforce le besoin d’élargir l’accès aux services financiers et aux filets de sécurité sociale, qui peuvent aider les populations à mieux faire face aux chocs économiques et climatiques. Par exemple, des recherches montrent que l’assurance améliore la capacité des ménages agricoles à se rétablir plus rapidement des chocs à long terme. Pour explorer le lien entre l’accès aux services financiers et la résilience climatique, consultez l’Impact Pathfinder du CGAP, qui synthétise des décennies de recherches sur ce sujet.