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La fintech : un potentiel de plusieurs milliards dans le monde arabe

Crédit photo : Hesham Fathy, concours photo du CGAP 2018.

Le faible niveau d’inclusion financière dans le monde arabe est notoire. Si l’on en croit l’analyse du CGAP établie à partir de la base de données Findex, et en excluant les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), deux tiers des adultes dans le monde arabe ne disposent pas d’un compte bancaire. Si cette lacune était comblée, des millions de personnes à faible revenu et de petites entreprises en tireraient profit, et, selon une nouvelle étude du CGAP, les technologies financières pourraient générer plusieurs milliards de revenus en s’adressant à ces clients jusqu’à présent exclus.

L’essor des fintechs dans le monde arabe

On assiste depuis quelques années au foisonnement de solutions « fintech » dans le monde arabe : en novembre 2020, le CGAP en dénombrait 400. Sachant que 44 % de ces instruments consistent en des produits de paiement et que la moitié de ces produits assurent une réserve de valeur, les fintechs offrent à certains pays la possibilité d’élargir leur inclusion financière. La plupart des solutions fintech que nous avons recensées sont relativement récentes, mais leur portée et leur impact devraient devenir tangibles ces deux ou trois prochaines années, au fur et à mesure de leur expansion et de l’entrée en action des effets de réseau.

 

Source: adapté de "Fintechs Across the Arab World" (CGAP 2020)

 

Les solutions fintech se concentrent dans les pays où l’évolution récente du cadre juridique et réglementaire a favorisé leur essor. De fait, 75 % des solutions que nous avons inventoriées concernent six pays seulement : les Émirats arabes unis, l’Égypte, le Maroc, la Tunisie, la Jordanie et le Liban.

La Jordanie a par exemple autorisé les émetteurs non bancaires de monnaie électronique à opérer sur son territoire depuis 2010. En 2015, le Maroc a adopté des lois bancaires pour ouvrir son marché à de nouvelles catégories de prestataires de services financiers ; la Tunisie lui a emboîté le pas en 2016. Le Maroc est allé jusqu’à autoriser l’ouverture de comptes pour des transactions de faible valeur n’exigeant qu’un numéro de téléphone mobile national valide. Afin de promouvoir la numérisation de leur économie, la Jordanie a promulgué en 2015 une loi sur les transactions électroniques et l’Égypte a rendu obligatoires les paiements dématérialisés en 2019. L’Iraq, qui avait ratifié une telle loi en 2014, vient d’homologuer des prestataires de services de paiement. Ces changements inaugureront inévitablement de nouveaux usages.

Un marché de plusieurs milliards pour les fintechs locales

Parmi les solutions recensées par le CGAP, 46 % sont assorties d’un mandat d’inclusion financière. Si les fournisseurs de services financiers des six pays concentrant le plus grand nombre de fintechs venaient à élargir l’accès à leurs services à 50 % des marchés locaux encore inexploités, ils pourraient dégager 7 milliards de dollars de revenus et se rapprocher des niveaux d’inclusion financière de pays à revenu intermédiaire comme la Bolivie, l’Afrique du Sud, l’Ouganda et l’Ukraine.

Quelles stratégies mettre en œuvre pour tirer pleinement parti du potentiel des technologies financières dans le monde arabe ? Notre étude a mis en évidence trois principaux facteurs de réussite :

  • Un cadre réglementaire porteur. Les responsables publics doivent avant tout prendre les devants pour promouvoir activement la concurrence et l’innovation. Des pays comme Bahreïn, l’Égypte, la Jordanie, Oman, l’Arabie saoudite et la Tunisie ont récemment créé des espaces d’expérimentation réglementaire et des pôles d’innovation qui permettront d’ouvrir la voie et de faciliter la mise en place de services financiers numériques modernes. Le Bahreïn est allé plus loin en rendant obligatoire l’instauration un système bancaire ouvert. Beaucoup reste encore à faire. Alors qu’il faut parfois plusieurs années et des investissements de plusieurs millions pour déployer massivement une solution fintech, un cadre réglementaire solide est indispensable pour favoriser l’investissement. Sachant que les marchés dotés d’un écosystème fintech dynamique sont relativement modestes, les solutions performantes sont vouées à se diffuser à l’échelle de la région et les responsables politiques ont un rôle clé dans l’accompagnement de ces innovations à l’international. Enfin, il faut veiller à ce que les politiques favorables à la concurrence puissent disposer d’informations transparentes et fiables sur l’accès aux services financiers et leur utilisation.
  • Des investissements soutenus. Pour appuyer les pionniers de demain, le rôle des investisseurs providentiels demeure essentiel. Passée la levée de fonds de série A, les investissements doivent se poursuivre : les solutions fintech parvenues à maturité sans être tout à fait rentables doivent pouvoir bénéficier de financements pérennes importants.
  • L’importance de l’éducation et de la formation. La mise en place de programmes d’enseignement de meilleure qualité s’impose pour nourrir les nouveaux talents et améliorer l’employabilité par l’acquisition de compétences sur le terrain, en complément d’une formation théorique.

D’après le Rapport sur la compétitivité mondiale 2019 du Forum économique mondial, le monde arabe peut compter sur une population jeune dont les compétences numériques se situent dans la moyenne mondiale. La pandémie de COVID-19 a précipité l’adoption des paiements numériques parmi les jeunes générations. Les pays arabes ont aujourd’hui l’occasion d’encourager des solutions technologiques locales aux difficultés spécifiques que rencontrent leurs populations exclues des services financiers à des degrés divers.

Ne pas agir, c’est laisser à d’autres le soin de récolter les fruits de la numérisation. Le pire serait de ne pas en faire profiter les générations actuelles.

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