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Favoriser l’émancipation économique des femmes grâce à l’inclusion financière

Crédit photo : Ngo Quang Duy An, concours photo du CGAP 2015.

Il y a deux pouvoirs dans le monde : celui de l’épée et celui de la plume. Il en existe un troisième plus fort encore : celui des femmes. 

Malala Yousafzai

Au début de l’année 2020, le CGAP a dépassé le paradigme de l’inclusion financière reposant sur l’accès et l’usage, et s’est donné pour mission de comprendre comment les pauvres pouvaient utiliser les services financiers pour améliorer leur situation, et ce, de trois manières : en générant des revenus, en accédant aux services essentiels et en protégeant leurs niveaux de vie de base. Nous avons parallèlement actualisé notre vision stratégique en y ajoutant quatre petits mots : « Un monde où les pauvres, en particulier les femmes, ont les moyens de saisir les opportunités et de renforcer leur résilience grâce aux services financiers. » Bien que cet ajout ait pu passer inaperçu, il modifie profondément la manière dont le CGAP abordera son travail à l’avenir.

Pourquoi ce changement ? Pour placer l’inclusion financière des femmes au cœur de tout ce que nous faisons au CGAP. Jusqu’alors, la question du genre était reléguée au second plan, en tant que projet indépendant ou au titre d’une « problématique transversale » qui était l’affaire de tous et donc de personne. Ces approches dépassées ne permettront pas de réduire de moitié (et, à terme, d’éliminer) l’écart de 9 % qui sépare de manière tenace les hommes et les femmes en matière d’inclusion financière et que le CGAP s’est engagé à faire baisser dans le cadre de sa dernière stratégie quinquennale. La réduction de cet écart passe par l’intégration de l’égalité des sexes dans tout ce que nous faisons. Faute d’inclure pleinement les femmes, nous ne parviendrons pas à résoudre le problème de l’inclusion financière ni, d’ailleurs, à mettre fin à l’extrême pauvreté et à promouvoir une prospérité partagée.

Comment les promoteurs de l’inclusion financière peuvent-ils contribuer à cet objectif fort ambitieux ?

Faire le lien entre inclusion financière et émancipation économique des femmes

Dans son livre Prendre son envol, Melinda Gates explique qu’il lui a fallu beaucoup de temps pour réaliser que l’émancipation des femmes était le moyen le plus sûr d’améliorer la vie de tous. Mais elle a fini par comprendre, écrit-elle, que « les principales causes de la pauvreté et de la maladie sont les obstacles culturels, financiers et juridiques qui limitent ce que les femmes peuvent faire — et pensent pouvoir faire — pour elles-mêmes et leurs enfants. »

Le défi décrit par Melinda Gates semble difficile à relever pour les services financiers. Même si nous éliminons les obstacles tangibles à l’émancipation féminine, l’idée que les femmes, et les hommes, se font de leur place dans la société reste un frein majeur. Pour créer de véritables changements dans la vie des femmes, nous devons également faire tomber les barrières qui subsistent dans l’esprit des gens, ce qui est autrement plus complexe. Car à quoi bon détenir un compte bancaire ou un porte-monnaie électronique si l’on ne peut pas avoir de téléphone portable ou sortir de chez soi ? Toute la difficulté réside dans le fait que les normes sociales ont une influence considérable sur les rôles que les femmes sont censées jouer dans la société. L’émancipation économique des femmes est tout autant liée aux normes sociales en matière de santé, d’éducation, de planification familiale et de soins aux enfants qu’à la manière dont les femmes gagnent leur vie et conservent la maîtrise de leurs ressources.

Il ne suffit pas d’un compte bancaire pour assurer l’autonomie économique des femmes. Mais c’est un instrument puissant pour celles qui sont résolues à avoir une plus grande maîtrise de leur vie. 

Comment les promoteurs de l’inclusion financière peuvent-ils utiliser la technologie et les services financiers pour résoudre des problèmes aussi complexes ? La réponse, qui n’est pas simple, est que nous devons veiller à ce que notre travail s’inscrive plus largement dans une théorie du changement qui intègre l’émancipation économique des femmes. Nous devons avoir conscience des nombreuses contraintes qui pèsent sur elles. Mais aussi des leviers, tangibles et intangibles, que nous pouvons actionner pour les aider à s’émanciper grâce à des services financiers qui répondent à leurs besoins. Et nous devons établir des partenariats avec les acteurs qui évoluent en dehors de nos domaines d’expertise et peuvent nous aider à actionner les leviers qui ne sont pas directement liés à la finance. Il ne suffit pas d’un compte bancaire pour assurer l’autonomie économique des femmes Mais c’est un instrument puissant pour celles qui sont résolues à avoir une plus grande maîtrise de leur vie.

Même les aspects les plus techniques de l’inclusion financière ont des incidences sur l’émancipation économique des femmes

Pour préparer ce billet, j’ai examiné un certain nombre de théories du changement concernant l’émancipation économique des femmes et j’ai été particulièrement frappée par leur niveau de divergence. Bien qu’elles aient généralement des thèmes communs, la façon dont elles envisagent les facteurs du changement varie fortement selon les organisations. J’ai également été frappée par les nombreuses manières dont les services financiers et l’accès numérique peuvent contribuer à l’émancipation économique des femmes, même dans des domaines inattendus de prime abord. Comme beaucoup de spécialistes techniques, j’aime explorer les arcanes techniques de la finance numérique. Les questions de technologie sur des sujets tels que l’interopérabilité, les services bancaires ouverts et les API ouvertes semblent à première vue neutres du point de vue du genre, mais en creusant un peu on s’aperçoit qu’elles ont toutes des aspects genrés qui influent sur l’émancipation économique des femmes.

Parmi les questions techniques ayant récemment retenu mon attention figurent les monnaies numériques des banques centrales. Le débat sur leurs modalités de mise en œuvre est étroitement lié au rôle que joue l’argent dans notre société. Dans le discours économique classique, l’argent a trois fonctions principales, celles de réserve de valeur, d’unité de compte et de moyen d’échange. Mais le rôle de l’argent est beaucoup plus vaste que cela. L’argent influence les relations humaines, notamment au sein des cellules familiales. Il peut définir les rapports de force au sein d’un ménage ou d’une économie, mais aussi notre capacité à agir sur notre vie et nos choix personnels. Souvent, ces relations et cette dynamique se manifestent différemment selon le sexe. Ainsi, au-delà des problèmes liés aux conséquences de la monnaie numérique sur le plan macroéconomique et à ses modalités de distribution, les architectes de ces nouveaux systèmes doivent réfléchir aux éventuels effets d’exclusion engendrés par le remplacement de l’argent liquide par la monnaie numérique. Sans cela, ils risquent de renforcer les normes sociales existantes qui marginalisent les femmes. Les études indiquent clairement qu’une femme qui n’a aucun contrôle sur ses ressources n’a qu’un contrôle très limité sur sa vie et ses choix — un aspect essentiel de l’émancipation économique des femmes. C’est pourquoi tous les promoteurs de l’inclusion financière doivent être soucieux des questions de genre, quel que soit leur domaine d’expertise ou d’intérêt.

S’il existe de nombreuses théories du changement concernant l’émancipation économique des femmes, la plupart d’entre elles reposent sur trois piliers : l’accès aux revenus et aux biens, le contrôle et la jouissance des gains économiques, et le pouvoir de décision. Ces thèmes sont liés à bien des égards à l’inclusion financière et à la théorie du changement du CGAP, qui repose sur les opportunités et la résilience. Les femmes qui ont les moyens de prendre des risques, d’aspirer à un plus grand champ de possibles et de faire face à l’adversité en se protégeant elles-mêmes et leur famille peuvent exercer une plus grande maîtrise sur leur vie. Et celles qui peuvent accéder à des services essentiels, qui les aident à développer leurs capacités ou à mieux utiliser leur temps, sont mieux à même d’investir dans des activités productives et génératrices de revenus qui peuvent profiter à l’ensemble de leur famille et de leur communauté. Mais il y a aussi un aspect culturel. Si les femmes ont été conditionnées toute leur vie à croire qu’elles n’ont aucune puissance d’agir, comment peuvent-elles saisir leur chance et développer leur résilience ? Elles doivent pouvoir se projeter dans ces possibilités — et disposer du soutien matériel et juridique nécessaire pour les saisir — pour être en mesure de prendre en main leur propre destin.

Voici comment je vois les choses : la métaphore de l’échelle est utile pour montrer comment surmonter les obstacles et aspirer à de nouveaux possibles. Les barreaux de l’échelle correspondent à tous ces éléments qui nous aident à saisir les opportunités : ressources, compétences, réseaux, etc. Mais nous avons également besoin d’un socle solide sur lequel poser cette échelle, et c’est là qu’interviennent les instruments de résilience : dispositifs de protection sociale, épargne, assurance... Ils nous aident à garder notre équilibre lorsque nous rencontrons des obstacles, et renforcent notre confiance lorsque nous gravissons l’échelle vers une opportunité. Mais savoir que l’échelle est stable nous aide aussi à grimper. Les groupes de solidarité sociale et les modèles d’identification peuvent jouer un rôle important à cet égard. Si l’on vous a dit toute votre vie que vous ne pouviez pas faire certaines choses, le fait de voir quelqu’un qui vous ressemble atteindre des objectifs qui semblent hors de portée peut donner des ailes.

Quatre domaines dans lesquels les promoteurs de l’inclusion financière peuvent contribuer à l’émancipation économique des femmes

Comment les services financiers peuvent-ils offrir des chances égales aux femmes et avoir un impact équitable ? Les services financiers peuvent renforcer le socle, l’échelle et le soutien social dont les femmes ont besoin pour s’émanciper économiquement, et ce dans plusieurs domaines. J’en vois essentiellement quatre :

1. Accès et données numériques. L’économie numérique occupe une place de plus en plus importante dans nos vies. Pour tirer parti des possibilités économiques offertes par le numérique, les femmes doivent être en mesure d’effectuer et de recevoir des paiements. Afin de participer à l’économie numérique, elles doivent avoir accès à trois éléments de base : un compte, un téléphone et un réseau de dépôt et de retrait (CICO). Les promoteurs de l’inclusion financière ont tendance à se focaliser sur le premier élément. Or, il existe aussi un écart important entre les sexes en ce qui concerne le deuxième : dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, une femme a respectivement 8 % et 20 % de chances en moins qu’un homme de posséder un téléphone et un smartphone, principal moyen d’accès à l’internet pour la majorité des pauvres.

L’économie numérique offre de nombreuses possibilités aux femmes. Sur un nombre croissant de marchés, les plateformes digitales leur permettent de générer des revenus en rapprochant l’offre et la demande — comme dans le commerce social ou le travail à la tâche — ou en mettant à leur disposition des informations actualisées sur les marchés, comme en témoigne l'émergence des plateformes agricoles. Les prestataires intègrent désormais des services financiers, tels que le crédit et l’assurance, dans ces plateformes. Les données recueillies peuvent indiquer dans quelle mesure les femmes participent à l’économie numérique et comment elles pourraient utiliser les outils et les services financiers numériques pour saisir de nouvelles opportunités. Les données ventilées par sexe peuvent contribuer à l’élaboration de politiques et de produits favorisant une émancipation féminine accrue.

Mais nous devons aussi comprendre les risques que l’économie numérique et les services financiers associés peuvent présenter pour les femmes. Par exemple, les plateformes et le crédit numériques créent de nouveaux risques liés aux biais algorithmiques, au surendettement et à l’équité de traitement. En outre, dans de nombreux contextes et en raison des normes sociales en vigueur, les femmes sont susceptibles d’avoir des besoins distincts en matière de confidentialité dans leurs interactions numériques et leurs relations avec les agents des CICO.

2. Lois et normes sociales. Les lois et les normes sociales affectent profondément la capacité des femmes à utiliser les services financiers pour améliorer leur vie. Il y a quelques années, j’ai travaillé avec l’organisation Finca à la mise en place d’un réseau d’agences bancaires en République démocratique du Congo (RDC). Nous avons observé que les femmes étaient des agents bancaires très efficaces, mais que leur capacité à jouer ce rôle était limitée car, à l’époque, la loi leur interdisait d’avoir un compte bancaire à leur nom ou de posséder une entreprise sans l’autorisation de leur mari. L’absence de droits de propriété empêche les femmes d’obtenir des prêts sur de nombreux marchés. Et l’absence de pièce d’identité les empêche d’ouvrir un compte ; dans plusieurs marchés, les femmes se heurtent toujours à des obstacles juridiques pour obtenir une pièce d’identité. Selon le rapport de la Banque mondiale sur Les Femmes, l’Entreprise et le Droit, ces dernières ne disposent en moyenne que des trois quarts des droits juridiques accordés aux hommes, malgré les récents progrès réalisés pour combler cet écart.

Les partisans de l’inclusion financière doivent faire cause commune avec les facilitateurs du marché et les groupes de soutien pour supprimer les obstacles juridiques sur les marchés où ils travaillent, tandis que les prestataires de services publics et financiers doivent soigneusement tenir compte des normes sociales en vigueur. Dans un monde idéal, les succès de l’inclusion financière devraient contribuer à l’évolution des normes sociales en démontrant les avantages de l’émancipation des femmes pour les ménages et les sociétés. N’oublions pas qu’il a fallu attendre 1974 et l’adoption de l’Equal Credit Opportunity Act pour que les femmes américaines obtiennent le droit de faire une demande de carte de crédit à leur nom.

3. Capacités et services essentiels. L’éducation et l’acquisition de compétences sont essentielles à la construction d’un meilleur avenir pour les femmes et les familles. Selon le Partenariat mondial pour l’éducation (Banque mondiale), une année scolaire supplémentaire pour les femmes peut entraîner une augmentation de 20 % de leurs revenus, et un enfant dont la mère sait lire a 50 % plus de chances de vivre au-delà de son cinquième anniversaire. Le retour sur investissement de l’éducation des femmes est élevé, et les services financiers de paiement, d’épargne et de crédit peuvent faciliter le règlement des frais de scolarité et autres services essentiels par les ménages pauvres.

En plus d’aider les femmes à acquérir des connaissances et des compétences, les services financiers peuvent accroître la durée de leur participation à la vie active. L’électricité hors réseau permet d’étendre la journée au-delà de la tombée de la nuit, et l’accès à l’eau potable ou aux fourneaux propres, grâce à la technologie numérique, peut éviter aux femmes de longs déplacements quotidiens pour aller chercher de l’eau ou des combustibles de cuisson. Ces économies peuvent avoir de réelles retombées positives sur la participation à la vie active et la productivité. Aux États-Unis, en 1900, le ménage moyen consacrait 58 heures par semaine aux tâches ménagères (préparation des repas, lessive et nettoyage). Ce chiffre est tombé à 18 heures en 1975. Parallèlement, un grand nombre de femmes sont entrées dans la vie active. Alors que seules 5 % des femmes mariées travaillaient en 1900, ce chiffre était de 61 % en 2020. D’autres facteurs ont influencé cette évolution, mais je ne doute pas que les appareils électroménagers ont contribué à l’augmentation du taux d’activité féminine.

Les services financiers favorisent également l’accès des femmes aux services essentiels. Les primo-innovants comme M-Kopa s’inspirent de plus en plus des modèles de financement d’actifs mis au point dans le secteur énergétique hors réseau pour les appliquer à d’autres produits, en offrant aux familles pauvres un accès à l’éclairage, à l’électricité, à des fourneaux de cuisson efficaces, à des smartphones et à des réfrigérateurs. Au demeurant, les effets de ces nouveaux modèles économiques sur l’émancipation des femmes restent relativement peu étudiés. On observe toutefois que les services financiers qui aident les femmes à gagner du temps et à accroître leur accès à des produits utiles peuvent contribuer à la création de cercles vertueux qui leur permettent d’investir dans l’amélioration des capacités de leur ménage. Selon une étude réalisée par le CGAP en Ouganda avec Engie Energy Access (anciennement Fenix Intl), les systèmes solaires domestiques, une fois remboursés, peuvent être utilisés comme garantie pour obtenir un crédit pour d’autres services favorisant les opportunités, comme les frais de scolarité. Une récente évaluation de l’impact du programme de prêts octroyés par l’entreprise pour couvrir les frais scolaires a indiqué que ces crédits ont permis de réduire de 50 % la proportion d’enfants non scolarisés parmi les ménages emprunteurs.

4. Dispositifs et réseaux de protection sociale. Les dispositifs de protection sociale donnent aux femmes la sécurité dont elles ont besoin pour saisir les opportunités qui se présentent à elles. Comme l’ont démontré les travaux de Jack et Suri au Kenya, l’accès à un réseau social distribué grâce à la proximité d’un réseau d’agents a permis aux femmes de gérer leur temps de manière plus productive, et donc d’augmenter le bien-être des ménages. Les dispositifs de protection formels jouent un rôle important pour aider les ménages pauvres à faire face à l’adversité : le fait que les transferts de l'État aux particuliers (G2P) puissent être crédités sur les comptes des femmes et que celles-ci puissent accéder aux fonds dans l’établissement de leur choix a fortement contribué à ce que les ménages disposent des ressources nécessaires pour traverser la crise de la COVID-19. Les travaux réalisés au Bangladesh par ma collègue Leora Klapper ont montré à quel point le fait de pouvoir recevoir leur salaire sur un compte mobile facilement accessible peut être émancipateur pour les femmes. Et il est largement établi que les comptes d’épargne contribuent à accroître la résilience.

Je suis cependant frappée par les obstacles très réels que les normes sociales créent pour les femmes et qui vont bien au-delà du simple accès aux outils d’inclusion financière, et c’est pourquoi les réseaux sociaux sont également importants. Dans Prendre son envol, Melinda Gates raconte comment le soutien d’autres femmes cadres l’a aidée à bâtir sa carrière. Pourquoi devrait-il en être autrement pour les femmes pauvres, qui sont confrontées à des obstacles bien supérieurs à ceux que la majorité des femmes cadres ont dû surmonter ? Les réseaux sociaux tels que les groupes d’épargne en Afrique et les groupes d’entraide en Inde peuvent être importants pour aider les femmes à accéder aux opportunités, tant dans l'économie traditionnelle que dans le numérique. La microfinance est depuis longtemps un secteur favorable aux femmes : 80 % de ses clients sont des femmes, et de nombreuses institutions de microfinance ont des programmes offrant un soutien social et des formations.

Mais nous devons également créer davantage d’exemples de réussite féminine pour que les filles puissent avoir une idée des opportunités qui les attendent. Rares sont les femmes ayant créé des fintechs et les start-up féminines ne reçoivent qu’une part infime des fonds de capital-risque. Comment expliquer l’absence d’accélérateurs et d’autres mécanismes de soutien à l’entrepreneuriat axés sur les femmes ? Pourquoi n’y a-t-il pas plus d’initiatives dans les pays émergents pour soutenir les filles désirant étudier les sciences, les technologies, l’ingénierie et les mathématiques ? Et n’oublions pas que les hommes ont également un rôle essentiel à jouer en faveur de l’égalité et des droits des femmes.

Il va sans dire que ces facteurs ne sont pas les seuls à pouvoir contribuer à l’émancipation économique des femmes. Mais ils concernent directement l’inclusion financière, et il est donc impératif que ses promoteurs les intègrent dans leur travail. Le fait est que les femmes accusent toujours un retard considérable par rapport aux hommes en matière d’accès aux services financiers. Nous disposons des outils nécessaires pour mettre en place des « échelles d'opportunités » permettant aux femmes de participer à l’économie numérique, de renforcer leurs capacités et d’avoir plus de temps pour travailler. Nous pouvons également construire des socles solides grâce à des dispositifs de protection sociale, des comptes d’épargne et un accès numérique aux réseaux sociaux. Et à travers l’ensemble du secteur de la microfinance, nous travaillons de longue date avec des groupes de soutien social qui fournissent à la fois des modèles et un soutien par les pairs qui stabilisent l’échelle pour que les femmes puissent la gravir.

En actionnant tous les leviers à notre portée, nous serons mieux armés pour agir collectivement en faveur de l'égalité des chances de manière à améliorer la vie des femmes. 

Mais nous devons penser en termes de systèmes de marché et réfléchir à la manière de réunir ces facteurs de façon à impulser des changements pour les femmes, de sorte que tout le monde y gagne. En changeant la donne dans ces quatre domaines, les promoteurs de l’inclusion financière pourraient énormément contribuer à l’émancipation économique des femmes, tandis que les acteurs du développement au sens large s’attaquent à d'autres enjeux connexes : soins de santé, planning familial, modes de garde d’enfants abordables et accès des filles à l’éducation. En actionnant tous les leviers à notre portée, nous serons mieux armés pour agir collectivement en faveur de l'égalité des chances de manière à améliorer la vie des femmes.

Le travail du CGAP sur l’inclusion financière des femmes

Tout cela me ramène à la question de savoir comment le CGAP peut contribuer à l’émancipation économique des femmes grâce à leur inclusion financière. Tous les leviers ne sont pas à notre disposition. C’est pourquoi nous devons travailler en étroite collaboration avec les nombreuses autres organisations œuvrant à l’émancipation économique des femmes. Notre contribution reposera sur notre connaissance approfondie de la finance et de la technologie et s’articulera autour des axes suivants au cours des prochaines années.

Partage des connaissances. Depuis plusieurs années, nous partageons nos connaissances sur des groupes spécifiques de personnes vivant dans la pauvreté et sur leurs interactions avec les services financiers et l’économie numérique. En 2020, nous avons décidé d’axer davantage nos travaux sur les femmes. Dans cette optique, nous créons des outils de diagnostic qui aident les bailleurs de fonds à comprendre les normes sociales dans des contextes spécifiques pour qu’elles soient prises en compte lors de la conception des programmes. Nous étudions également les interactions des femmes pauvres avec l’économie des plateformes et essayons de mieux comprendre comment les services financiers répondent à leurs besoins en analysant les données Findex sous l’angle des disparités entre les sexes. Nous continuerons de partager ces connaissances afin d’éclairer notre travail et celui des promoteurs de l’inclusion financière.

Intégration. Outre l’intensification de ce travail de recherche, nous intégrons plus systématiquement le genre dans le programme de travail existant du CGAP. Tous nos travaux sur l’électricité hors réseau et les autres services essentiels, les CICO, les fintechs, les moyens de subsistance, les données et la protection des niveaux de vie de base ont d’importants aspects liés à l’égalité des sexes. Ces aspects sont désormais pris en compte dans tous nos nouveaux projets, et les connaissances qui en découlent s’inscrivent parfaitement dans le programme de travail élargi du CGAP. Cette évolution est en partie impulsée par les membres du CGAP. Dans une enquête menée pendant l’été 2020 auprès de 30 organisations de financement, toutes sauf une ont indiqué qu’elles donnaient la priorité à l’inclusion financière des femmes. Les besoins les plus fréquemment cités portent sur l’accès à des données ventilées par sexe plus détaillées et une description plus claire des liens existant entre les services financiers et l’inclusion financière des femmes. Les résultats de nos travaux dans ce domaine feront l’objet de publications au cours de l’année à venir.

Développement de notre communauté et partenariats. La mise en place de la communauté de pratique FinEquity constitue notre plus grande incursion dans le domaine du genre au cours des quatre dernières années. Selon les dernières estimations, FinEquity compte plus de 1 500 membres issus de 450 organisations présentes dans 75 pays à travers le monde. Elle est axée sur trois thèmes d’apprentissage : les solutions transformatrices, l’inclusion financière grâce au numérique et les voies d’impact. Plus important encore, FinEquity nous relie à un vaste réseau de partenaires qui s’intéressent à la fois à l’inclusion financière des femmes et à leur émancipation économique, et nous aide ainsi à faire le lien entre ces deux communautés distinctes mais interdépendantes. Ces liens ont fortement contribué à notre propre apprentissage et nous ont permis d’établir des relations de travail avec de nombreux autres partenaires de développement. Nous collaborerons plus activement avec l’équipe de FinEquity lorsque nous étudierons les moyens d’intégrer le genre dans les activités du CGAP.

Comme vous pouvez le constater, l’ajout de ces quatre petits mots — en particulier les femmes — au cœur de notre théorie du changement a modifié la façon dont le CGAP envisage les questions de genre dans le cadre de ses activités. Nous sommes enthousiastes à l’idée d’explorer sérieusement les moyens d’améliorer l’inclusion financière des femmes et de contribuer ainsi à leur émancipation économique. Comme l’ont observé Nicholas Kristof et Sheryl WuDunn dans leur livre La moitié du ciel, « les femmes ne sont pas le problème mais la solution. La situation des filles n’est pas tant une tragédie qu’une opportunité. » Faisons en sorte qu’elle soit une opportunité pour nous tous.

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DRO Constant , Cabinet d'Appui aux Initiatives de Développement Durable (CAIDD), Côte d'Ivoire
19 avril 2021

Merci pour cette analyse très enrichissante. Nous y découvrons beaucoup de pistes pour nos projets ruraux à venir.

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