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Quels produits financiers offrir aux jeunes entrepreneurs en phase de croissance en Afrique ?

Développeur web freelance à Lagos, Nigeria. CGAP Photo (Temilade Adelaja via Communication for Development Ltd.)

En 2016, Armande, une jeune entrepreneuse sénégalaise, crée Mandabio, une entreprise qui produit des légumes et des fruits bio, et transforme une partie de la production en jus. Tout au long de son parcours entrepreneurial, la jeune entrepreneuse se heurte, comme toutes les startups, à plusieurs défis : gérer une entreprise, assurer une production stable, maintenir et améliorer la qualité de ses produits, se faire connaître sur le marché et financer son activité commerciale.

Pour surmonter toutes ces difficultés, Mandabio s’est rapprochée de Jokkolabs, un incubateur sénégalais, pour bénéficier de son assistance dès 2018. Cet accompagnement a permis à l’entrepreneuse de tester les produits transformés et d’améliorer la qualité des jus et des emballages. Grâce à l’incubation (accompagnement, par une organisation, de porteurs de projets ayant un potentiel d’innovation), Mandabio a pu avoir accès à d’autres structures, telles que l’agence nationale de standardisation, ce qui lui a permis de produire des jus aux normes requises.

Jus Mandabio. Crédit photo : ADA
L’accompagnement de Jokkolabs s’est relevé décisif dans la croissance de Mandabio. Crédit photo : ADA.

L’accompagnement de Jokkolabs s’est relevé décisif dans la croissance de Mandabio. Selon Armande : "Au début, l’accompagnement était surtout centré sur la création de mon entreprise et le développement d’un business plan réaliste. J’ai bénéficié d’un fonds de prototypage pour tester mes produits, gagné un concours sur la production bio au Sénégal et j’ai profité du réseau de Jokkolabs pour avancer. "

Grâce au mécanisme de financement mis en place par Jokkolabs et Cofina Sénégal, Mandabio a pu obtenir un prêt de 15,757 USD pour investir dans l’acquisition de machines de production et finaliser son installation pour produire des légumes et fruits à une centaine de kilomètres de Dakar.

Malgré la qualité de son projet et l’incubation qui a permis à Mandabio d’avoir accès à un accompagnement technique et managérial adapté, l’entrepreneuse a eu de grandes difficultés à lever des fonds. En effet, pour la plupart des entreprises qui sont dans une phase de croissance, l’accès aux financements est l’un des problèmes majeurs qu’elles rencontrent. Et même en cas de disponibilités des fonds, ils sont rarement adaptés pour bien accompagner ces entrepreneurs dans leurs projets.

Répondre au défi de l’accès aux financements

Afin de répondre à ce défi, ADA (Appui au Développement Autonome) a mis en place le mécanisme de financement « Young Entrepreneurs Sustainable Financing Initiative » (YES FI), dédié aux entrepreneurs en croissance, ayant des besoins de financement entre 5,000 et 52,000 USD pour leur permettre de se financer localement en fonds de roulement et/ou en investissement. Le choix de ce segment jusqu’à 52,000 USD a été porté par le constat que c’est l’une des fourchettes des besoins de financement les moins couvertes du "missing middle", qui désigne les demandes de financements trop importantes pour les IMF  et trop faibles pour capter l’attention des banques commerciales et des investisseurs d’impact.

Le mécanisme YES FI a été développé en étroite collaboration avec les structures d’appui aux entrepreneurs, qui proposent un accompagnement non financier adapté suivant les besoins de l’entrepreneur, et les institutions financières, qui accompagnent les entrepreneurs dont les dossiers sont portés par les structures d’appuis partenaires. La durée des remboursements va jusqu'à 3 ans. L’objectif du mécanisme est de permettre aux entrepreneurs d’être financés 2 ou 3 fois afin de créer une historique de financement avec les institutions financières, qui pourront ensuite prendre le relais du financement sans la structure d’accompagnement.

Le rôle des différents partenaires, de la préparation du dossier de financement au remboursement du crédit est décrit ci-dessous, et les structures d’appui (ici l’incubateur) occupent un rôle central dans le processus.

Mécanisme YES FI
Grâce à l’accompagnement déjà en place avant la recherche de financement, l’entrepreneur noue des relations de confiance avec l’incubateur. Ce dernier joue un rôle important dans le mécanisme. Crédit : ADA. 

Un autre élément clé dans le mécanisme de financement est que le remboursement de la dette est calculé sur la base du chiffre d’affaires mensuel de l’entrepreneur. En effet, pour les entrepreneurs qui sont généralement dans des secteurs variés et qui ont des cycles et des flux financiers différents, un échéancier classique avec un montant fixe de remboursement ne prend pas en considération la nature de leurs affaires. Dans le mécanisme YES FI, les remboursements sont ajustés chaque mois. Les entrepreneurs collectent et partagent leurs informations financières avec les incubateurs, qui les utilisent pour déterminer les montants de remboursements. Ainsi, lors de la période basse des affaires, les remboursements diminuent, pour atteindre leur pic lors de la période de vente. L’entrepreneur a la possibilité de déterminer le montant de son remboursement, et dans certains cas, peut même choisir de rembourser le minimum, soit les intérêts sur le capital, suivant ses besoins en liquidité. En moyenne, chaque mois, entre 8 et 12% du chiffre d’affaires de l’entrepreneur est dédié au remboursement du prêt.

Par ailleurs, tant que l’entrepreneur a son crédit en cours, il a accès à un accompagnement à la carte de la structure d’appui. Le paiement d’une partie de cet accompagnement est inclus dans le pourcentage dédié au remboursement et représente environ 3% du capital restant dû chaque mois. Ce mécanisme permet de contribuer aux coûts d’accompagnement des entrepreneurs par les structures d’appui.

Au total, 8 crédits ont été octroyés entre juin et décembre 2021 à des entreprises actives dans les chaines de valeurs agricoles et les énergies renouvelables et ont permis de créer ou améliorer 116 emplois.

En Afrique de l’Ouest, le modèle YES-FI est actuellement testé avec trois incubateurs : Donilab au Mali, La Fabrique au Burkina Faso et Jokkolabs au Sénégal et dans chaque pays, une institution du Groupe Cofina, soit Cofina Mali, Cofina Burkina et Cofina Sénégal assurent le financement des entrepreneurs.

Au total, 8 crédits ont été octroyés entre juin et décembre 2021 à des entreprises actives dans les chaines de valeurs agricoles et les énergies renouvelables et ont permis de créer ou améliorer 116 emplois.

Afin d’augmenter le nombre d’entrepreneurs financés via ce mécanisme, les collaborations restent un élément important dans le dispositif. ADA envisage des partenariats avec d’autres incubateurs, accélérateurs de marché ou autres structures d’appui et institutions financières pour élargir la portée du mécanisme.

Cliquez ici pour en savoir plus sur le mécanisme YES FI. 

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