Interview FinDev

Sidy Lamine Ndiaye : " Notre défi, c’est d'embarquer les SFD dans le train de la digitalisation"

Le directeur exécutif de l'APSFD-Sénégal nous en dit plus sur les projets à venir de l'association
Sidy Lamine Ndiaye

Sidy Lamine Ndiaye est directeur exécutif de l’APSFD-Sénégal depuis 2005. Avant de rejoindre l’APSFD-Sénégal, il a travaillé pour le crédit municipal de Dakar et pour pour un  projet conjoint BIT/BCEAO, entre autres. Sidy Lamine Ndiaye est diplômé de l'École Nationale d'Economie Appliquée de Dakar et de l’Institut Supérieur de Management-ISM.

Portail FinDev : Pourriez-vous nous présenter l’APSFD-Sénégal ?

Sidy Lamine Ndiaye : L’association APSFD-Sénégal a été créée en août 2016 sous le nom Association Professionnelle des Institutions Mutualistes d’Epargne et de Crédit (APEMEC), avant de changer de nom.

L’APSFD-Sénégal (Association Professionnelle des Systèmes Financiers Décentralisés) a pour mission de :

  • Promouvoir et défendre les intérêts collectifs et individuels de ses membres
  • Promouvoir la coopération entre ses membres
  • Contribuer à la formation de ses membres et des acteurs du secteur de la microfinance
  • Organiser et gérer des services d'intérêts communs en faveur de ses membres
  • Informer le public sur les activités de l’association

Mais il y a également un autre rôle crucial joué par l’association : c’est l’interlocuteur privilégié des SFD (Systèmes Financiers Décentralisés) par rapport aux acteurs étatiques et aux partenaires qui appuient le secteur de la microfinance. Elle a également pour mission d’inciter au respect du code déontologique et de la protection des clients.

Portail FinDev : Combien comptez-vous de SFD membres ?

Sidy Lamine Ndiaye : Nous comptons 114 membres. On retrouve toutes les composantes de la microfinance telles que décrites par la réglementation : des mutuelles d’épargne et de crédit, des coopératives, des associations et des sociétés anonymes. Plus de 80% sont des coopératives et des mutuelles d’épargne de crédit (IMCEC).

Nos membres sont situés dans tout le pays et disposent de 116 points de services au niveau national.

Portail FinDev : Comment se porte le secteur de la microfinance au Sénégal ?

Sidy Lamine Ndiaye : Nous observons des tendances en hausse depuis les débuts de la microfinance. Nous avons été confrontés à une crise avec le COVID-19 en 2020, mais c’est une crise mondiale qui a touché tous les secteurs d’activités. Toutefois, il faut relativiser son impact car même en 2020, l’encours d’épargne a eu des tendances haussières. C’est la production de crédit qui a baissé et la qualité du portefeuille de la plupart de nos membres qui s’est dégradée, notamment en raison des mesures d’échéances prises par la BCEAO.

Au Sénégal, le secteur de la microfinance est en pleine évolution. En matière de bilan, le secteur de la microfinance au Sénégal représente 29,4% de la zone UEMOA avec 7 points de pourcentage en progression annuelle.

Au 30 juin 2022, le secteur de la microfinance au Sénégal comptait 3 752 805 sociétaires et clients, un encours de dépôt de 444 milliards de FCFA (environ 695 millions USD) et un encours de crédit de 546 milliards FCFA (environ 854 millions USD).  Ces deux indicateurs sont en progression chaque année. Quant au taux de pénétration, il augmente en moyenne entre 5 et 6 points annuellement, illustrant le dynamisme du secteur.

Portail FinDev : Ce dynamisme se répercute-t-il sur le niveau d’inclusion financière ?

Sidy Lamine Ndiaye :  Les indicateurs progressent d’année en année, ce qui se répercute positivement sur la progression du taux d’inclusion financière. Au dernier trimestre 2021, le taux d’inclusion financière était de 17,4%. Actuellement, nous sommes à 17,9%.

Portail FinDev :  A quels défis fait face le secteur au niveau national ?

Sidy Lamine Ndiaye : Le premier défi de l’APSFD-Sénégal, c’est de maintenir cette dynamique. Mais aussi d’être un secteur bénéfique  pour les populations et de contribuer significativement au financement de l’économie nationale en renforçant la position du secteur de la microfinance comme un pilier majeur de l’inclusion financière.

Un autre défi à relever, c’est de permettre aux MPME, qui sont des acteurs très importants de l’économie nationale, d’accéder à des ressources financières durables afin de développer leurs activités.

Au niveau de l’APSFD-Sénégal, les défis qui se posent sont de soutenir la durabilité et la viabilité de nos membres. Nos IMF membres vont de la taille d’une boutique à la taille d’une banque, leurs besoins sont donc différents. Par exemple, certaines des SFD de petite taille ont besoin d’appui institutionnel comme financier pour soutenir leur développement organisationnel.

Portail FinDev : Qu’avez-vous mis en place pour participer à l’effort de digitalisation ?

Sidy Lamine Ndiaye : Notre défi, c’est de faire en sorte que les SFD puissent être embarqués dans le train de la digitalisation de leur processus, de leurs moyens et de leurs canaux de distribution. Au niveau de l'association, nous avons élaboré un plan stratégique qui court de 2022 à 2025.

Depuis un ans, nous nous sommes associés avec une fintech dénommées GSIE TECHNOLOGY et avons mis en place un projet de digitalisation des SFD afin que leurs clients puissent disposer d’une plateforme qui leur permettra d’effectuer leurs opérations en tout temps et en tout lieu. La plateforme est déjà conçue avec notre partenaire GSIE. Nous sommes actuellement dans la phase technique, c'est-à dire l’intégration de la plateforme avec les systèmes d’information et de gestion des SFD. Nous pensons lancer le premier test fin décembre 2022. 

Ce projet n’est pas limité au Sénégal. Les APSFD du Burkina Faso, du Bénin, du Niger et de la Côte d’Ivoire sont aussi associées dans cette plateforme. En effet, au niveau de la sous-région, nous avons une approche de partage des bonnes pratiques. Nous sommes tous dans la même zone monétaire, nous avons la même réglementation, ce qui fait que nous avons beaucoup de défis en commun.

Portail FinDev : Quelles sont les perspectives pour l'avenir de l'APSFD-Sénégal ?

Sidy Lamine Ndiaye : Nous souhaitons renforcer la crédibilité de l’association par rapport à nos membres et leur apporter plus de valeur ajoutée. Une de nos réalisations les plus importantes dans ce sens, c’est l’élaboration et l’adoption d’une convention collective des métiers de la microfinance en 2010. Nous proposons également de nombreuses formations à nos membres, une initiative saluée notamment par leur personnel. De plus, nous avons mis en place une institution de prévoyance maladie, une structure mutualisée qui permet aux agents des SFD à leur famille de bénéficier d'une prise en charge médicale.

Deuxièmement, nous souhaitons continuer à renforcer la professionnalisation des SFD et contribuer à la digitalisation de leurs processus et des canaux de distribution. Nous souhaitons aussi renforcer la mobilisation des ressources humaines que nous avons à notre disposition via des partenariats nationaux et internationaux. Enfin, notre objectif est de doter les SFD de petite taille de systèmes d’information performants et fiables afin de renforcer leur gouvernance et d’améliorer leur accès aux ressources.

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