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La gestion des catastrophes naturelles par les IMF

Les conditions pour qu’une IMF reste performante et protège ses clients suite à une catastrophe
Inondation, sécheresse, cyclone tropical, ouragan, pluie torrentielle sont autant de phénomènes climatiques extrêmes auxquels sont exposées un grand nombre d’institutions de microfinance (IMF). De nombreuses IMF opèrent actuellement dans des pays particulièrement exposés aux catastrophes naturelles et doivent composer avec les contraintes qu’elles impliquent.
Cet article présente une synthèse des enseignements tirés de telles situations et suggère des conseils aux praticiens de la microfinance, à commencer par les IMF.
 
Avant la catastrophe : l’importance de l’élaboration d’un plan d’urgence
 
Afin d’être préparée au mieux à une catastrophe naturelle, une IMF doit mettre en œuvre quelques mesures, la première d'entre elle étant le développement d'un plan d'urgence. Un plan d’urgence doit permettre à une IMF de réfléchir à ce qui doit êtrefait en temps de crise, et de l'examiner sur une base annuelle. La planification des processus a une importance capitale, notamment au cours des trois premiers jours qui suivent une catastrophe.
  • La mise en place d’un plan d’urgence doit déjà passer par la protection des actifs d’une IMF, à savoir :
  • Assurer tous les actifs physiques
  • Mettre en place un système de sauvegarde et de récupération des données
  • Sécuriser le stockage des dossiers de crédit hors du site
  • Protéger les avoirs en espèces en gardant la majorité des liquidités sur des comptes bancaires. Un minimum d’espèces doit être tenu dans les agences.
Au-delà de la simple survie et afin de continuer à opérer sereinement après la catastrophe, une IMF doit également protéger ses actifs financiers. Ainsi, pour atténuer le risque de pertes sur  portefeuille, les mesures suivantes sont vivement conseillées :
  • Diversifier le portefeuille de prêts, en termes de géographie, de segments de clientèle et de types de prêts
  • Élargir l'offre de produits financiers avec des produits de microassurance et d'épargne qui bénéficient à la fois aux clients et à l’IMF
Par ailleurs, après une catastrophe, une IMF a souvent des flux de trésorerie très limités. Les remboursements de prêts sont plus compliqués et les clients souvent amenés à retirer leur épargne pour couvrir leurs frais de subsistance. Pour atténuer ce risque de liquidité, il est important que les IMF maintiennent des réserves suffisantes dans les banques. 
Il s’agit par exemple de :
  • Préétablir des lignes de crédit auprès des banques
  • Avoir recours à d'autres sources d'emprunt d'urgence auprès des banques ou d'autres institutions, comme les facilités de liquidité d'urgence qui sont importantes pour un accès rapide aux fonds.
La préparation d’un plan d’urgence dépend enfin de l'environnement dans lequel opère une IMF, et doit être déterminé par l'analyse des risques. Par exemple, si une région est sujette aux catastrophes naturelles comme les inondations saisonnières, un fonds de prévoyance pour les prêts d'urgence peut être mis en place.
 
Avant la catastrophe : permettre aux bénéficiaires d’anticiper
 
Les IMF ayant des politiques et des procédures laxistes sont généralement celles qui mettent les clients le plus en difficulté et subissent les plus grands défauts de paiement. Une IMF dispose de moyens afin d’aider ses clients à se préparer au mieux à d’éventuelles catastrophes :
  • Proposer des prêts responsables
  • Offrir des produits d’épargne dans le cas où les IMF sont autorisées à recevoir des dépôts. Il s’agit de promouvoir l’épargne par le biais de divers mécanismes, y compris les dépôts obligatoires  (par exemple dans le cadre de la souscription d’un crédit). Ces dépôts sont mis à disposition immédiatement après la catastrophe, pour aider les clients à se rétablir sans avoir à contracter des emprunts additionnels.
  • Les IMF qui ne sont pas autorisées à recevoir de dépôts peuvent promouvoir activement l’épargne en faisant par exemple le lien avec d’autres institutions de dépôts ou en sensibilisant leur clientèle.
  • Adossés à l’épargne, les transferts d’argent réguliers sont également une ressource post-catastrophe non négligeable. Pour les IMF qui traitent les envois et les réceptions de fonds elles-mêmes, elles doivent être en mesure de continuer la réception de fonds post-catastrophe pour les clients qui en dépendent.
Après la catastrophe : les actions à entreprendre
 
Bien que toutes les catastrophes et IMF soient différentes, quelques démarches à entreprendre après la catastrophe sont suggérées à toutes les institutions :
 
Phase 1 – Bilan
  • Mesurer l'ampleur de la catastrophe
  • Assurer la sécurité du personnel en étant à l’écoute de ses besoins
  • Faire le bilan des principaux actifs (données, matériel, processus)
  • Mettre en place une cellule de travail spécifique à la « crise »
  • Examiner le plan d'urgence, adapter et réviser les politiques et les procédures
  • Informer et former les employés sur les nouvelles politiques et procédures
  • Analyser l'impact (examen systématique de la situation des clients, de l'IMF et de l'environnement)
  • Evaluer la trésorerie et assurer un approvisionnement suffisant de liquidités pour répondre aux besoins des clients
  • Gérer les liquidités de l’IMF, obtenir des liquidités en cas de besoin
  • Gérer le portefeuille de crédits (examen du portefeuille de prêts, constituer des réserves suffisantes pour couvrir les pertes sur prêts)
Phase 2 – Suivi et analyse
  • Assurer le suivi personnalisé des clients
  • Modifier la méthodologie de crédit (rééchelonnement, refinancement…)
  • Concevoir de nouveaux produits (prêts d'urgence, crédits bail et subventions)
Phase 3 – Stratégie à moyen terme
  • Examiner l’offre de produits spécifiques - développement de nouveaux produits et marchés -dans le cadre de la reconstruction
  • Évaluer le nouveau marchéet le  nouvel environnement client, refaire les plans stratégique et opérationnel
  • Évaluer les besoins à long terme du portefeuille et identifier les sources de financement nécessaires

Après la catastrophe : les clés d’une évaluation fiable des clients

A la suite d’une catastrophe, l’évaluation de l‘impact qu’a eu le sinistre sur la situation économique des clients (niveau des actifs, état des activités génératrices de revenus, capacité de remboursement des prêts en cours, besoins de récupération…) est primordiale. Il est suggéré à l’IMF de procéder aux évaluations dès que possible. Ces dernières s’étalent la plupart du temps sur plusieurs mois. Les évaluations initiales sont parfois imprécises, l'environnement peut changer très rapidement et il peut être difficile de trouver des clients dans l’immédiat.
 
Trouver des informations sur la situation des clients et évaluer l’étendue des dégâts peuvent se faire par différents biais :
  • Accéder à des rapports du gouvernement pour localiser les zones les plus touchées
  • Effectuer des enquêtes auprès des clients situés dans les zones touchées
  • Assister à des réunions entre bailleurs et ONG.Il s'agit d'un moment clé pour l'échange d'informations. Les IMF peuvent, néanmoins, vérifier si d'autres ONG ont mené des évaluations dans leurs zones d’intervention, afin de ne pas répéter le processus.
Les enquêtes auprès des clients permettront de déterminer les informations suivantes :
  • Le nombre de clients de l'IMF ayant subi des dommages
  • Le niveau de gravité des dommages subis (vie, santé, maison, entreprise)
  • Les préoccupations immédiates des clients (le type d’aide immédiate dontils ont besoin)
  • Les sources de revenus disponibles dans le foyer pour surmonter la crise
  • Le besoin d'accéder à des liquidités (retirerdes économies, les autres prêts…)
  • La capacité à continuer de rembourser le prêt
Bien que le but de l'enquête soit d'obtenir des informations précises sur la situation des clients d’une IMF post-catastrophe, les enquêteurs doivent faire preuve de sensibilité à l'égard des pertes subies. L'IMF doit se positionner comme un appui. Néanmoins, les enquêteurs doivent veiller à ne pas susciter des attentes (sous forme de cadeaux ou des remises de dette) de la part des clients qui ne pourront pas être satisfaites
 
Après la catastrophe :les ajustements possibles sur les crédits en cours
 
Il n’y a pas de règles générales. Après une catastrophe, tous les prêts doivent être évalués au cas par cas. Une évaluation détaillée des pertes et de la situation économique des clients est cruciale pour déterminer les meilleurs ajustements de crédit possibles et éviter des situations de surendettement :
  • La restructuration doit avoir lieu immédiatement après une catastrophe et être limitée à des zones géographiques fortement touchées. Les institutions doivent, à ce titre, rencontrer les clients pour évaluer leur capacité de remboursement post-catastrophe.
  • Le rééchelonnement de remboursement de prêt doit être fondé sur une évaluation détaillée de la perte temporaire de revenu des clients.
  • Le refinancement implique généralement le remplacement d'un précédent prêt par un plus élevé, parfois appelé prêt d’urgence. Il peut être la meilleure option pour les clients qui ont perdu leurs moyens de production et ont besoin d'un prêt plus important pour remplacer leurs actifs.Il peut-être aussi un moyen de couvrir les besoins de base immédiatement après la catastrophe.
  • L’annulation de prêts doit être un dernier recours. Elle peut être la source de graves problèmes pour une IMF, à la fois en termes de capital réduit et de culture de remboursement du crédit. Les institutions doivent, cependant, avoir les ressources financières nécessaires et être prêtes à amortir les prêts irrécouvrables causés par la mort ou la disparition de la clientèle.
Il n’y a pas de plan plus efficace qu’un autre pour faire face à une catastrophe naturelle. Néanmoins, l’anticipation à travers la conception d’un plan d’urgence, la capacité d’adaptation et la rapidité d’intervention apparaissent comme des caractéristiques indispensables pour qu’une IMF assure sa viabilité financière ainsi que celle de ses bénéficiaires.
 
L’accès aux services financiers que permet la microfinance représente un des nombreux outils de relance économique des ménages et des entreprises suite à une catastrophe naturelle. Rappelons qu’elle n’est qu'une partie de ce qui est nécessaire pour aider les victimes. Les services médicaux, la distribution de vivres, la construction d’abris temporaires sont cruciaux et font partie d’une stratégie globale d’intervention.
 
Ce coup de projecteur a été rédigé à partir de :
Disasters and Conflict Topic, Microfinance Gateway (en anglais)
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